Rappeler « d’où l’on vient »

     Le plein, hier 18 mars 2017, à l’Orangerie d’Arnaga à Cambo, chez Edmond Rostand et Rosemonde Gérard, pour ma conférence « L'unité des Basques en question, de Sanche le Grand à Bonaparte ».

     Un auditoire venu des quatre coins d’Euskal Herria – Saint-Jean-de-Luz, Hendaye, Saint-Pée, de Soule, de Guipuzcoa, et même depuis les Landes – témoigne de l’attractivité des Amis d’Arnaga ! Après une présentation aussi concise que précise de notre cher président Christian Perret, j’ai essayé de brosser en une heure un tableau le plus clair possible de l’ancien royaume de Navarre : « Euskadi lehena », comme le chantait avec autant de poésie que de vérité historique le regretté sénateur-maire de Cambo, Michel Labéguerie. « Euskadi lehena », la première Euskadi – première dans le sens « chronologique » - car c’est à l’époque des rois de la dynastie des Sanche, particulièrement Sanche III le Grand dont on avait commémoré le millénaire en 2004 et qui avait rassemblé sous son sceptre toutes les terres « vasconnes » et même au-delà, que le royaume pyrénéen réunissait les sept provinces et même ses « apanages » gascons…


     Il y eut encore ce projet (un peu fou) que le sénateur uztaritztar Garat avait suggéré à Napoléon : il consistait à réunir les Basques d’Espagne et de France dans deux départements, dont l'un se serait appelé « La Nouvelle Tyr » et l'autre « La Nouvelle Sidon ». Chacun aurait eu son préfet. Tout le pays, intégré au sein de l’Empire napoléonien, aurait porté le nom de « Nouvelle Phénicie ». Une Confédération dans le style de celle que Bonaparte avait imposée aux Suisses en 1803, structure qui a survécu pour l'essentiel jusqu'à nos jours en démontrant son efficacité d’« authentique démocratie ». Hélas, la retraite de Russie en 1812 et la déconfiture des armées napoléoniennes en Espagne ne permirent pas à Garat de faire aboutir auprès de Napoléon ce projet d’« Etat basque ».

     Il me semble vital de retrouver cette mémoire historique des faits les plus importants du passé « qui forgent l´identité collective d´un peuple ».


     Le pape Benoît XVI, aussi féru d’histoire que de musicologie, avait critiqué en son temps l’amnésie qui domine la culture européenne aujourd’hui, jusqu'à « oublier des époques entières » : ce qui produit « une société ignorante de son passé et donc privée de mémoire historique ». D’où « une perte d'identité » pour l’individu et pour la société... Et d’insister pour une revalorisation des études historiques.


     À cet égard, il est clair qu’une immense majorité de nos compatriotes, au-delà de toute opinion politique, s’intéresse à l'histoire de leur pays, les nombreuses émissions historiques sur diverses radios et télévisions que j’ai réalisées, à commencer par celle que j’avais créée il y a 40 ans – Radio Adour Navarre – me l’ont suffisamment montré. Ce n’est pas un repli sur soi, comme certains l’affirment, ni un quelconque refus de s'ouvrir aux autres, mais un sentiment intuitif que la première condition pour ce faire est de se bien connaître soi-même : qui sommes-nous? D'où venons-nous? Où voulons-nous aller ? C’est pourquoi, au moment d’entreprendre une nouvelle étape dans la vie de nos provinces basques, avec la constitution – peut-être même imparfaite – de l’Agglomération Pays Basque, il m’a semblé utile de rappeler ces quelques éléments souvent oubliés de notre histoire.

     La signature de mes derniers livres et un verre amical (avec le millésime 2012 de mon "château Miller La Cerda" et les traditionnelles "tartelettes amandines" d'après la recette de "Cyrano") ont rassemblé ensuite les participants en une sympathique "tertulia"...

                        Alexandre de La Cerda