De la Renaissance à l’Art contemporain, les Amis d’Arnaga au fil de l’Art basque

     Le 7 juin 2017, sous un soleil éclatant, les Amis d’Arnaga et leur président Christian Perret, accompagnés  d’Alexandre de La Cerda et de ses explications éclairées, découvrirent la ville moyenâgeuse d’Oñate, « la Tolède du Guipuzkoa » comme l’avait surnommée le peintre Zuloaga.
     Carrefour des cultures, l’Université Renaissance (XVIème siècle) à l’imposante façade est ornée de statues, cariatides et bas-reliefs signés du sculpteur français Pierre Picart (1509-1588). Un corps principal auquel on avait rajouté deux ailes de chaque côté au XVIIème ! A  l’entrée, la chapelle au retable baroque du XVIème constitue un bon exemple des magnifiques réalisations de l’artiste français qui travailla au Pays Basque et en Castille parmi les nombreux sculpteurs originaires des régions les plus septentrionales de la France - Normandie, Picardie, Champagne, Bourgogne – attirés par les richesses des ports et des foires espagnoles ainsi que la croissante demande d’artistes sur place. Pierre Picart (Durand, de son vrai nom), originaire de la ville de Péronne dans le Vermandois (près d’Amiens, et proche des Flandres espagnoles) s’était perfectionné auprès de son compatriote Philippe Bigarny dont l’atelier se trouvait à Burgos. Dans le très beau cloître de l’édifice, une sculpture d’Oteiza ajoutait une note contemporaine, avant-goût des découvertes de l’après-midi à Aranzazu…
     Après l’Université Sancti Spiritus, l’enfilade des monuments se poursuivit dans l’atypique et très belle église de San Miguel du XVIème avec son cloître gothique flamboyant enjambant la rivière d’Oñate – architecture unique en Europe – et la crypte renfermant le gisant en albâtre du comte d’Oñate (Pedro de Gebara/Guevara). Sur sa hauteur dominant le cœur de ville, la « Torre Zumeltzegi », maison-forte féodale du XIIIe siècle et actuellement transformée en hôtel-restaurant accueillit nos hôtes pour un excellent déjeuner dans le cadre idyllique des montagnes avec vue sur Oñate. Cette belle demeure féodale avait appartenu à la famille Guevara dont les armes représentant un cerf en train de courir figurent dans le quartier dextre (à droite) du blason de la ville. En un, le quartier senestre (en haut à gauche) du blason d’Oñate porte une aigle, symbole de la famille Ganbiona des Garibai. Quant au quartier inférieur, il figure un aigle qui pique le cœur  d’un cerf blessé symbolisant la défaite des Oñacinos. « Ces seigneurs devenus comtes d’Oñate s’abîmaient à l’époque en de terribles guerres fratricides, en particulier entre les Gamboïnos (qui soutenaient la cause navarraise) et les Oñacinos, partisans de la Castille dans l’affaire de succession en Navarre, sanglantes rivalités auxquelles participaient - de « notre côté » - les Ezpeleta, seigneurs d‘Espelette appartenant au clan Gamboïno et opposés aux Sault à Saint-Pée et aux Alzate à Urtubie qui, eux, faisaient partie des Oñacinos », expliquait Alexandre de La Cerda.…
     Après le savoureux déjeuner – difficile de s’extraire de cet endroit et de sa terrasse idyllique qui domine Oñate – les amis d’Arnaga « entreprirent » la montée (en bus, je vous rassure) à la basilique d’Aranzazu, sur l’aubépine (« arantzan », en basque).
     A une dizaine de kilomètre d’Oñate, dans une loge de verdure entourée de montagnes rocailleuses, la basilique de Notre Dame fut édifiée par les deux architectes espagnols Francisco Javier Saenz de Oiza et Luis Laorga (1951-55). Composée d’un corps principal, elle est entourée de trois tours à l’image « épineuse » d’une architecture de grès en pointe de diamants, et au clocher surmonté d’une croix qui s’élève dans le ciel.
     Malheureusement, des travaux de restauration de la façade principale dissimulaient en partie les portes de l’entrée principale de la basilique décorées par Eduardo Chillida ainsi que  les sculptures des apôtres et la « Piéta » d’Oteiza. Pourquoi dénombre-t-on quatorze figures en pierre au lieu des douze apôtres de l’Evangile ? Peut-être ont-ils été conçus pour des raisons de proportion par rapport à la façade centrale. Mais, d’après certaines explications, les deux personnages à chacune des extrémités de la série représenteraient les nouveaux apôtres gagnés à la suite de la prédication des douze apôtres d’origine : d’ailleurs, ils regardent vers les douze autres figures – les apôtres originels !
     Dans la basilique aux fresques murales de Carlos Pascual de Lara, le retable représenté par l’allégorie champêtre de l’abside (600 m2) du sculpteur Lucio Muñoz laisse apparaître en son cœur une petite Vierge sculptée du XVème reposant sur un socle pivotant et illuminée par la lueur blanche et bleutée des vitraux abstraits du Frère franciscain Javier Maria de Eulate.
     Dans la crypte, les peintures  murales ainsi que le Christ  ressuscité réalisés par Nestor Basterrechea au centre de l’abside apportent un souffle de renouveau.
     Bien que contestés au départ par la commission d’art sacré, les trois plasticiens basques, Basterrechea, Chillida et Oteiza, laissent ainsi une empreinte spirituelle contemporaine de l’école basque Gaur, un mouvement  qu’ils avaient fondé dans les années soixante.

                    Anne de Miller de La Cerda

17012 Luniversite Sancti Spiritus

L'université Sancti Spiritus

 

 17013 Le cloitre gothique enjambe la riviere

Le cloître gothique enjambe la rivière

 

17014 Sanctuaire dAranzazu

Sanctuaire d'Aranzazu

 17015 Un exquis repas et la terrasse a la vue imprenable depuis la maison forte des GuevaraUn exquis repas et la terrasse à la vue imprenable

depuis la maison-forte des Guevara